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Pas d'école pour les filles au temps du Talmud ?

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OAPerez
Messages: 309
Chalom Rav.

J'ai appris qu'à l'époque du Talmud – depuis la mise en place d'un système d'enseignements et d'éducation structurés par Yéhochoua' ben Gamla (Cohen Gadol) – seuls les garçons allaient à l'école, et pas les filles, sauf certaines qui avaient dans leurs régions des maîtres qui leurs apportaient à domicile une éducation de base.

Ma question est : si tous les garçons allaient à l'école, pourquoi pas toutes les filles ?
N'étaient-elles pas capables d'apprendre la Torah comme les garçons, ou d'avoir tout au moins un minimum d'éducation comme les garçons ?


Merci d'avance.
Kol Touv.


===============

P.S. : Je n'avais pas dit où j'ai appris cet état de fait rapporté plus haut ; c'est dans le livre « Guide (et lexique) du Talmud » du Rav Adin Steinsaltz.
Dans l'édition que je possède, c'est en page 15.
(Il s'agit de l'édition de 2006, réalisée par Biblieurope et l'Institut israélien des Publications talmudiques).


Dernière édition par OAPerez le Lun 30 Mai 2022, 21:42; édité 1 fois
Rav Binyamin Wattenberg
Messages: 5590
Citation:
J'ai appris qu'à l'époque du Talmud – depuis la mise en place d'un système d'enseignements et d'éducation structurés par Yéhochoua' ben Gamla (Cohen Gadol) – seuls les garçons allaient à l'école, et pas les filles, sauf certaines qui avaient dans leurs régions des maîtres qui leurs apportaient à domicile une éducation de base.
Ma question est : si tous les garçons allaient à l'école, pourquoi pas toutes les filles ?
N'étaient-elles pas capables d'apprendre la Torah comme les garçons, ou d'avoir tout au moins un minimum d'éducation comme les garçons ?


Ça n’a rien à voir avec une notion d’aptitude ou de capacité à apprendre, c’est juste qu’à cette époque, tout le monde considérait que l’éducation à acquérir pour une fille se faisait par sa mère, à la maison.

En fait, très logiquement, on éduquait les filles à être de futures femmes et les garçons à être de futurs hommes. Or, à cette époque, être une femme signifiait savoir s’occuper d’un foyer, s’occuper des enfants, faire à manger, coudre etc. C’est ça que les filles apprenaient.
Tandis que les garçons se préparaient à devenir de futurs hommes, c-à-d qu’on leur enseignait la Torah et un métier pour subvenir aux besoins de leurs futures familles.

Déjà à cette époque, il y avait des filles qui ne se complaisaient pas totalement dans le rôle réservé aux femmes, elles étaient curieuses et voulaient apprendre la Torah, tout le monde connait la fameuse Brouria, fille de R. ‘Hanina Ben Teradion et épouse de R. Méir, elle n’était pas la seule et à chaque génération il y a eu des femmes plus intellectuelles que d’autres.

Ce n’est pas pour autant qu’elles « abandonnaient » le rôle qui leur était assigné, elles voulaient quand même avoir des enfants et elles s’en occupaient et donc ne sortaient pas travailler (mais il était très fréquent qu’une femme travaille de la maison, on n’appelait pas ça le télétravail mais la vente à domicile), cependant, elles consacraient leur temps libre à l’étude au lieu de discutailler entre amies.

Donc lorsque vous demandez :
Citation:
si tous les garçons allaient à l'école, pourquoi pas toutes les filles ?
Je vous réponds que si les filles aussi devaient suivre le même cursus, qui s’occuperait des enfants et du foyer à la génération suivante ?

Il faut aussi savoir qu’à cette époque reculée, seuls nos ancêtres, les juifs, avaient institué ce système scolaire (pour garçons), en créant des écoles dans chaque ville et à proximité de chaque agglomération, c’est la Takana de Yehoshoua Ben Gamla (Baba Batra 21a).

Il semblerait qu’elle ait été précédée d’une première Takana, par Shimon Ben Sheta’h celle-ci, rendant l’école obligatoire (Yeroushalmi Ktouvot VIII, 11).
Mais à ce stade, les orphelins et les pauvres ou encore ceux qui habitaient les villages excentrés, n’avaient pas accès à l’école, c’est le sens de la Takana supplémentaire de Yehoshoua Ben Gamla qui consistait à rendre l’instruction accessible à tous les enfants.

Certains comprennent qu’il s’agit d’une Takana commune et appliquée en une fois, Yehoshoua Ben Gamla aurait donc été un contemporain de Shimon Ben Sheta’h, c-à-d qu’ils auraient vécu tous deux il y a 21 siècles.

D’autres estiment que Yehoshoua Ben Gamla était celui qui est mentionné (sous le nom de Yehoshoua) par Flavius Josèphe (La guerre des juifs, IV, 5, 2) et qui vivait à la fin du second Temple, il y a 20 siècles.

A titre comparatif, en France, l’école obligatoire date de 1882 avec Jules Ferry.
Elle l’était jusqu’à l’âge de 13 ans seulement.
L’obligation jusqu’à 16 ans ne date que de 1959.
[Même là, l’instruction pour filles n’était pas la même que pour les garçons et elles n’avaient pas accès au baccalauréat jusqu’en 1924 !]

Donc à l’époque où les juifs avaient créé ce système pour les garçons (il y a deux millénaires), il faut bien comprendre qu’ailleurs, ce ne sont pas seulement les filles qui étaient « privées d’instruction », mais quasiment tous les enfants.

Jules Ferry c’est il y a moins de 200 ans (140 ans en fait), Yehoshoua Ben Gamla c’est 2000 ans.

Lorsqu’au début du XXème siècle, on a constaté en Europe que les filles juives étaient scolarisées (dans les établissements « civils ») mais ne bénéficiaient d’aucune instruction religieuse conséquente en parallèle, certains ont créé le système du séminaire pour filles, notamment la fameuse Sarah Schneirer.

Immédiatement, plusieurs rabbins s’y sont opposés -c’est que depuis les terribles écarts de ces satanés Maskilim, les rabbins sont devenus -en réaction- très frileux et craignent tout changement qui pourrait avoir des conséquences funestes, difficile de faire le tri.
La ‘Hassidout de Belz et celle de Munkacz se sont opposées fermement au projet des écoles/séminaires Beit Yaakov de Sarah Schneirer.

Malgré tout, quelques rabbanim -dont le ‘Hafets ‘Haim- soutinrent l’idée et l’encouragèrent.

Sarah Schneirer était une jeune fille polonaise de famille ‘hassidique (Belz) mais elle aimait l’étude et s’y intéressait beaucoup.
Si ça n’est pas toujours simple, à cette époque ça l’était encore moins, une femme qui était trop intellectuelle ne pouvait pas -dans leur esprit- être une bonne épouse/mère.

Le fait est qu’elle s’est mariée tardivement et a divorcé peu après car elle était entièrement prise et occupée par son projet de Beit Yaakov -que son mari ne soutenait ni n’appréciait pas.

Ce n’était pas une femme classique, en Pologne elle était surnommée « Die Guiguete » (la divorcée), ce n’était absolument pas la seule à être divorcée, mais on voyait un lien évident entre son tempérament, son aspiration à l’étude, et son divorce.
Elle s’est pourtant remariée (avec un Its’hak Landau) mais beaucoup plus tard, vers la fin de sa vie (elle est décédée de maladie en 1935 à 51 ans), et n’a jamais eu d’enfants.

Si sa vie personnelle n’est pas un exemple de réussite, et si de nombreux Rabbanim se sont opposés à elle et à son innovation, il est pourtant admis aujourd’hui chez la majorité des groupes religieux qu’elle a contribué à préserver le judaïsme en sauvant les femmes juives de l’assimilation qui les guettait au cours de ce XXème siècle.

Il existe encore aujourd’hui des groupes religieux (surtout chez les ‘Hassidim) qui s’opposent au système du séminaire tel que vu par Sarah Schnierer, ils estiment qu’une femme ne devrait pas apprendre la Torah orale qui est disséminée dans les commentaires classiques de la Torah écrite, et encore moins apprendre la Mishna de (Pirkei) Avot -ce qui se fait pourtant dans les séminaires classiques, avec la bénédiction et les encouragements du ‘Hafets ‘Haim.
(Inutile de dire que ces mêmes ‘Hassidim s’opposeront avec la plus grande virulence à l’enseignement du Talmud aux femmes.)

Dans la mesure où les femmes étudient les matières séculières, il semble absurde de leur refuser l’accès aux matières religieuses, mais justement, chez ces mêmes ‘Hassidim, le rôle de la femme est exclusivement au foyer, et les études séculières sont tout autant bannies.

Dans les séminaires « classiques », au XXIème siècle, on enseigne les commentaires de la Torah écrite, ainsi que Pirkei Avot, les classiques du Moussar, de la Hashkafa et la Halakha.
Mais le Talmud à proprement parler n’y est pas enseigné.
Considérant que son étude nécessiterait un engagement trop conséquent, la femme qui souhaite s’occuper de son foyer et de sa famille et qui, de surcroit, va aussi avoir une activité professionnelle, n’aurait que peu d’intérêt à tenter de s’investir dans l’étude du Talmud et risquerait plutôt d’y sacrifier sa vie de famille.

Certaines optent malgré tout pour ce choix et acquièrent un certain niveau tout en réussissant à assurer leur rôle de mère de famille, mais elles sont plutôt rares.
Les milieux orthodoxes classiques ne proposent pas ce genre de formation pour femmes, une jeune fille orthodoxe qui souhaite ardemment étudier le Talmud le fait avec son père ou ses frères, mais pas dans le cadre d’une institution officielle dédiée à cela. L’idéal étant de se perfectionner avant tout en Tanakh, Moussar, Hashkafa (ce qui inclut l’histoire juive etc.) et Halakha.

Depuis une ou deux décennies, il y a de plus en plus de femmes qui veulent étudier le Talmud, mais ce n'est pas toujours par grande piété ou ferveur religieuse. Il s'agit souvent du résultat d'un complexe d'infériorité créé par les mouvements féministes exigeant abolir les différences entre hommes et femmes.
Ces mouvements considèrent qu'une femme qui ne fait pas ce que font les hommes ne serait pas une femme libre, c'est pourquoi elles souhaitent aussi étudier le Talmud.

Si ce n'est pas apprécié dans les milieux orthodoxes, c'est parce que c'est souvent motivé par ces féministes et non par une Yirat Shamayim élevée, mais il existe quelques femmes pieuses qui, telle Brouria, étudient le Talmud, en cachette, tout en ayant aussi appris énormément de Halakha, Moussar, Tanakh, Hashkafa, etc. et , bien entendu, en appliquant avec grande rigueur la Halakha.
Rav Binyamin Wattenberg
Messages: 5590
J’ai écrit plus haut :

« à cette époque, être une femme signifiait savoir s’occuper d’un foyer, s’occuper des enfants, faire à manger, coudre etc. C’est ça que les filles apprenaient. »

On m’a dit que c’est une vue du Moyen-Orient, des pays arabes où la femme n’est considérée que pour servir l’homme et s’occuper du foyer et que je n’ai pas à étendre cette idée à la France, pays des Lumières, et aux pays européens qui entretiennent une plus haute idée de la femme dans la société depuis bien longtemps.

Je viens donc préciser que je ne l’étends pas à la France d’aujourd’hui, bien entendu, mais seulement à la France de l’époque (il y a deux millénaires donc).

Mais même plus proche de nous, même au temps des Lumières, au pays des Lumières, les plus grands philosophes des Lumières n’en pensaient pas moins.

Voyez ce qu’écrit Rousseau dans Emile sur l’éducation des filles et ce qu’il faut leur enseigner, vous serez surpris.

Je vous en cite un passage particulièrement adapté à notre sujet (Emile, Livre V, Paris 1826, tome III, livre cinquième, p.21 ) :
« Ainsi, toute l’éducation des femmes doit être relative aux hommes. Leur plaire, leur être utiles, se faire aimer et honorer d’eux, les élever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agréable et douce ; voilà les devoirs des femmes dans tous les temps, et ce qu’on doit leur apprendre dès leur enfance.
Tant qu’on ne remontera pas à ce principe, on s’écartera du but, et tous les préceptes qu’on leur donnera ne serviront de rien pour leur bonheur ni pour le nôtre
».

Voilà ce que pensait la France des Lumières.
Et ce que pensait aussi toute l’humanité depuis bien longtemps, jusqu’à la très récente émancipation de la femme dans les pays occidentaux.
(et vous n’imaginez pas ce qu’on pouvait encore écrire en France dans les années 1960).

Imaginez donc la mentalité en France (Gaule) il y a 2000 ans (lorsque les juifs avaient créé l'école pour tous)
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